Jacques Charpentreau Accueil
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    Un poète et sa poésie

 

     Bien des poèmes de Jacques Charpentreau sont connus. On les retrouve dans ses recueils, évidemment, dans de nombreuses anthologies, parfois sur les murs, et très souvent sur des sites d'Internet. On les apprend et on les récite dans les écoles et les collèges. Certains ont été traduits et ils ont voyagé en Europe, en Russie, et jusqu'en Chine. D'autres sont devenus des chansons.
     De nombreux Prix littéraires ont distingué l'œuvre poétique de Jacques Charpentreau, qui est ainsi « reconnue » par des poètes, et appréciée par tout le monde. Il a reçu la plus haute distinction poétique – puisqu'une école porte son nom.
     On trouvera sur son site diverses informations et des poèmes régulièrement renouvelés.


     (Les recueils disponibles de Jacques Charpentreau peuvent être commandés chez les libraires ou commandés directement à la Maison de Poésie, SPF, 16, rue Monsieur le Prince. 75006 Paris).

 

 

Le chant

 

On ne voit pas l’oiseau qui chante
Au cœur de la nuit de velours.
C’est le rossignol en amour
Et sa chanson est plus troublante
D’être d’ombre la voix qui sourd.

 

Dans l’obscurité du poème
On ne sait qui chante et pourtant
On écoute le cœur battant
Car c’est le chant de l’amour même.
Quelle est cette voix qu’on entend ?

Le fil d’or.

 

***

 

Un inconnu

 

Nous sommes condamnés en évoquant l’histoire
À dérouler la litanie des noirs tyrans,
Alexandre, César, Napoléon, les grands
Ravageurs de la terre, ivres de leurs victoires,

 

Hitler jetant les juifs aux fours des crématoires,
Staline et son goulag, aux morts indifférent.
L’histoire a retenu les noms des conquérants,
Le sanglant palmarès des assassins notoires.

 

Mais toi, mon pauvre ami, qui sait encor ton nom ?
Je témoigne aujourd’hui pour Jacques Salomon
Dans Paris asservi par une horrible faune,

 

Lorsque pour obéir à l’ordre des bourreaux
Nous prenions le dernier wagon dans le métro
Avec nos quatorze ans et ton étoile jaune.

Ombres légères.

 

***

 

Sans fleurs

 

Je viens de ce temps-là. Je ne pardonne pas.
Comme il écrit des vers, on croit que le poète
N’a que douceur en tête et l’âme toujours prête
À toujours bénir pour absoudre à chaque pas.

 

On croit qu’il doit chanter le bon le vrai le bien
Comme si gentiment Arthur de Charleville
Offrant ses fleurs à Théodore de Banville…
Moi, de ces temps de chien, je ne pardonne rien.

 

On ne fait pas renaître, hélas, ceux qu’on aimait
En exerçant sur leurs bourreaux notre vengeance.
Mais qu’on ne compte pas sur ma lâche indulgence.
Poète ou pas, je ne pardonnerai jamais.

Ombres légères.

 

***

 

Carpe Diem

 

Bijou que le printemps cisèle,
Le papillon ouvre ses ailes
          Rouge et or.

 

La beauté passe, souveraine,
Mais un souffle de vent l’entraîne
          À la mort.

 

Fragile instant, joie éphémère,
Beauté tremblante, ô ma chimère
          Que j’aimais !

 

Amour, papillon, feuille morte,
Le vent de la vie vous emporte
          À jamais.

Le Chant de la lumière.

 

 


      Le fil d'or. Couverture            Ombre légères. Couverture            Le chant de la lumière. Couverture


 ***

 

Le rire de l’ange

 

Je sens une aile qui me frôle
Pendant que je rêve et j’écris
Des vers sur les anges : il rit
L’ange derrière mon épaule.

Le Visage de l’ange.


***


Le chant

 

J’attendrai le temps qu’il faudra,
Je serai pluie, je serai pierre,
Galet, silex, cendres, poussière,
Fleur de pêcher, fruit de cédrat,

 

Quand le ciel claquant comme un drap
Sous le vent des heures dernières
Déchirera sa bleue bannière
Dans un universel fatras,

 

Je serai là, gerbe d’atomes
Éparpillés sous le grand dôme
Qui ne connaîtra plus de lois !

 

S’élèvera dans ce désastre
Embrasant le ciel d’astre en astre
Le chant que je portais en moi.

La fugitive.


***


L’Odyssée

 

Bousculade à la queue, c’est pour l’Eldorado !
Chaque jour le chaudron bout dans l’aérogare,
Ça vit, ça va, ça court, ça pue, ça se bagarre,
Enfants, chiens, retraités, valises, sacs à dos…

 

Pèlerins et bourgeois déguisés en clodos,
C’est la même ferveur sur la route. Pleins phares !
Ce long serpent figé, c’est l’armée des barbares
Qui grouille à pied, en train, à cheval, en radeau.

 

Monceaux de viande grasse épandus sur les plages,
Concentration des camps, remugles de cités,
Bruit, fureur et bonheur de la promiscuité !
Heureux qui comme Ulysse après un long voyage

 

Retrouve son fauteuil, et seul s’enferme à clé,
Rêvant de l’Odyssée sans voisins ni télé.

                      Écoute-les bêler,
                          Du Bellay !

 La part des anges.



  

 Le visage de l'ange couverture             La fugitive             la part des anges Couverture   

 

 

Métaphysique

 

Sur la corde à linge
ma chemise se gonfle au vent.
Il n’y a rien dedans.
On ne voit pas
une âme mise à sécher.

Musée secret

 

***

Le vieux poète

 

Moi, mon royaume fut royaume de papier,
Ma richesse des mots, mes titres des poèmes.
Je ne fus même pas le seigneur de moi-même,
Je n’ai rien inventé, je n’ai fait que copier.

 

Je n’eus pas de servants ni de valets de pied,
Je ne fus châtelain qu’en Espagne ou Bohème.
Un sonnet réussi fut mon trésor suprême.
Ma voie royale fut un tout petit sentier.

 

Mais j’eus tant de bonheur à quelquefois entendre
Mes simples mots redits par de jeunes voix tendres,
Des enfants inconnus, dans un moment heureux !

 

Ces enfants devenus des hommes, j’imagine
Qu’ils entendent toujours cette voix anonyme
Et mon âme allégée chante encore avec eux.

La fugitive.


***


 Le petit clown blanc de la lune

 

Le petit clown blanc de la lune
Joue du violon, bat du tambour,
Jongle avec des noyaux de prunes,
Des diamants, des pommes d'amour,
Dans la douce nuit de velours.

 

Le petit clown blanc de la lune
Se balance au ciel en rêvant;
Par-dessus la mer et les dunes,
Il se laisse bercer au vent
Sur son grand trapèze volant.

 

Le petit clown blanc de la lune
Me regarde au fond de la nuit.
Il console mes infortunes,
Il me sourit, pâlit, et puis
Le petit clown s'en va sans bruit.

 La carpe de mon pommier



Cirque


La Carpe de mon pommier.  Collage de l'auteur.

 


La Carpe. Couverture                                           Musée




                                                                                                                             

 

 Actualités

 

L'école. Panneau Decaux

 

Rencontres

 

Dans la Forêt des fées

Conte musical.

 

Texte de Jacques Charpentreau. Musique de Max Pinchard.

Pour soliste, chœur d’enfants ou d’adultes à l’unisson, récitant et ensemble instrumental.

 

     Une représentation de ce conte a été donnée Vendredi 15 juin 2012 à l’auditorium de l’École Alsacienne, à Paris, par des Classes de chant choral du Conservatoire municipal du 14e arrondissement de Paris (une centaine d’enfants), sous la direction de Cécile-Lana Martin. 

     Ce conte, qui comprend quinze parties, avait été créé en 1991 à Petit-Couronne, Grand-Couronne et Évreux.

     En voici deux extraits :

 

L’esprit du feu

 

Mon temps est si court !
Je saute, je cours,
Et de bûche en bûche,
Au fond du brasier,
Mon corps extasié
Jamais ne trébuche.

 

Je m’amuse dans
Cet enfer ardent
Et je t’ensorcelle,
Captivant tes yeux,
J’étoile les cieux
De mes étincelles.

 

Sans repos ni paix,
Je change d’aspect,
Je flambe, je chante,
Et le bois gémit
Des pleurs où j’ai mis
Le feu que je hante.

 

Lorsque je m’endors,
Une traînée d’or
Cache mes merveilles.
J’aurai même sort
Si demain encor
Ton souffle m’éveille !

 

*

 

Lettre de la Belle-au-bois-dormant

 

Serait-ce de vous que je rêve
En ce lit depuis si longtemps ?
C’est peut-être vous que j’attends,
Comme en avril monte la sève.
Éveillez-moi mon cher printemps.

 

Qu’enfin la dormeuse se lève,
Mains tremblantes, cœur palpitant,
Que la jeune fille d’antan
Devienne femme et que s’achève
Cette longue nuit de cent ans.

 

Je suis la toujours nouvelle Ève
Qui vous espérait tant et tant.
Ce siècle ne fut qu’un instant,
Car j’ai rêvé de vous sans trêve.
C’est votre baiser que j’attends.

 

 *****

 

Allemagne

 

Un peu d’argot…

 

     En juin 2012, la poésie de Jacques Charpentreau était présente lors d’un très sérieux colloque universitaire international d’argotologie organisé à Innsbruck par le département de Philologie romane de cette Université et la Faculté des Sciences humaines et Sociales de Paris-Descartes (Sorbonne).

     Marina Tikhonova, de l’Université de Smolensk (Russie) y a présenté un rapport sur les éléments argotiques dans la poésie contemporaine pour les enfants. Elle y a analysé plusieurs poèmes du recueil de Jacques Charpentreau, La Banane à la moutarde (Nathan, 1986), en particulier le vocabulaire de l’argot scolaire.

Le bain

 

Dans la baignoire, j’ai vidé
Tous les shampoings que j’ai touillés,
J’ai fait plonger, malgré sa frousse,
Mon petit frère, et j’ai crié :
« Maman ! Viens voir ! le petit mousse ! »

Puis j’ai tiré la courte-paille
Et j’ai dit : « Tu seras mangé ! »
Depuis, le petit mousse braille :
Il sera dur à digérer…

*

Un bon petit cœur

(Devinette)

 

En quittant mon amie Sandrine,
Je lui ai souhaité « Bonne angine » ;
Mais à l’affreux Maximilien,
J’ai susurré : « Porte-toi bien ! »

            Pourquoi ?

 C’est parce que demain matin,
En classe on a une interro,
Sandrine restera au chaud,
Chez elle, avec un bon bouquin,
Et l’ignoble Maximilien
Viendra récolter un zéro.


La Banane à la moutarde. Poèmes abominables pour enfants plus ou moins sages.

Nathan, 1986.

 

*******

Mozambique

 

     Le Centre culturel franco-mozambicain organise une exposition de photos sur la ville, avec la participation de l’ambassade de France au Mozambique et au Swaziland.

     Le calligramme de Jacques Charpentreau, Message de la ville en poésie sera reproduit dans le catalogue.

 

Message de la ville en poésie

 

Jacques Charpentreau, Paris des enfants.L'École des Loisirs, 1978.

 

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Russie

 

     Marina Tikhonova, Professeur à l’Université de Smolensk, vient de publier dans une revue scientifique un article intitulé : « La petite rose des fables » de Jacques Charpentreau : les fables modernes pour les enfants d’aujourd’hui.


*

Un album russe

      Un album illustré de poèmes français traduits en russe, à l'intention des enfants, vient de paraître en Russie. Le traducteur, Mikhaïl Yasnov, est lui-même un célèbre poète et un fameux traducteur.
     On trouve dans ce beau livre des œuvres de cinq poètes français, dont Jacques Charpentreau qui ouvre le recueil en grande vitesse.

     Poèmes traduits : Paris, Les trottoirs, Chez le coiffeur, Les antennes de télévision, Les pigeons, Les gens, Les moineaux, Les mannequins, Le marché aux sorcières.


Les mannequins

 

Vêtus de soie, vêtus de laine,
De nylon, de coton, d’indienne,
Les mannequins sourient et prennent
La pose, comme les statues,
Dans la vitrine devenue
Le musée du coin de la rue.

Jacques Charpentreau

La Ville enchantée. L’École.

 

Jacques Charpentreau en patinette               

 

 

- Monsieur, Monsieur, quelle heure est-il ? Traduction : Mikhaïl Yasnov. Illustrations : Mikhaïl Bytchekov. Éditions Detgiz, Moscou.
     Poèmes de Jacques Charpentreau, Jean-Luc Moreau, Lise Mathieu, Robert Vigneau, Jacqueline Saint-Jean.

 

 ***

  L'école en russe

 

Jacques Charpentreau, L'école. Ouvrage scolaire russe.

 

 

 

Thèse de Lena Lartchenkova

 

Résumé de la thèse de Lena Lartchenkova consacrée à l'analyse du style de Jacques Charpentreau (Université de Smolensk et Moscou, 2007).

 

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Chine

 

Le chant du monde

 

« Aime-moi » dit la feuille au vent qui la caresse,
L’oiseau chante « aime-moi » vers le soleil levant.
Et l’étoile à la nuit, la vague à l’océan,
Les bois, les prés, les champs, tout ce qui vit, sans cesse,
Tout murmure « aime-moi », en un immense chœur.
Et dans ce chant du monde, « aime-moi » dit mon cœur.

Ce que les mots veulent dire.


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Le chant du monde, traduction en chinois.
Jiang Huosheng, Anthologie de la poésie française du Moyen Âge à nos jours. Pékin, 1996.


 

anthologie chinoise           Vœux chinois


Anthologie chinoise. Présentation de Jacques Charpentreau (extrait).
Jiang Huosheng, Vœux de nouvel an à Jacques Charpentreau.


 alt

Cachet de Jacques Charpentreau.

 

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Du Danemark

 

Cher Monsieur Jacques Charpentreau,

 

     Un petit bonjour du Danemark, d'un professeur de français qui vient de finir deux semaines de travail sur la poésie,  avec des jeunes de quatorze ans, ayant moins d'un an de français.

     On a lu votre poème L'école – après avoir travaillé avec Desnos et Jacques Prévert. Les élèves ont bien travaillé avec les structures et  le rythme des “modèles”.  À la fin ils ont écrit des poèmes sur des tableaux de Magritte et des photos de Doisneau.

     La poèsie est une source immense – elle attire des enfants et ouvre un monde des pensées et des sentiments. La poésie d'une langue étrangère sera  pleine de sensualité – articulation, pronunciation, intonation –  le son, le rhytme – les mots nous donnent des goûts. On joue !

     Je vous envoie trois poèmes des enfants pour vous remercier de votre inspiration.


Cordialement,


Helle Denckert de Visme
Toftevangskolen
Birkerød
Danmark

22 juin 2012.

 

La maison

 

Dans notre monde, il y a
Des mers, des maisons par milliers,
Des oiseaux, des hommes, des pays,
Et puis mes yeux, mes yeux qui veulent
Tout voir.

 

Dans notre pays, il y a
Des cygnes, des auteurs,
Des forêts, des expériences,
Et puis mes yeux, mes yeux qui veulent
Tout voir.

 

Dans notre ville, il y a
Des quartiers, des autos,
Des écoles, des options
Et puis mes yeux, mes yeux qui veulent
Tout voir.

 

Dans ma maison, il y a
Des meubles, de l’amour, des photos,
Des fleurs, de la confiance,
des membre de la famille
Et puis mes yeux, mes yeux qui
Se ferment.

Émilie


Ce poème a été inspiré par L'école (texte dans la rubrique Groupe scolaire de Saint-Hilaire-des-Loges).

 

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Canada

 

EXAMENS DANGEREUX


     En Alberta, province de l’ouest du Canada, un de mes poèmes vient de faire partie d’un examen du French Language Arts, pour le Diplôme de l’Alberta Education.
     Ce n’est pas la première fois qu’un de mes écrits est ainsi soumis à la sagacité (et à la peine) des candidats. Cet honneur m’entraîna de menues difficultés voilà quelques années.
     L’un de mes textes fut ainsi proposé au commentaire du baccalauréat (épreuve de français). Il s’agissait d’un extrait particulièrement mal-pensant.

 

    On a dit qu’avec les poubelles de la France des millions de misérables des pays pauvres pourraient se nourrir. Cette idée est si révoltante qu’on les laisse mourir de faim pour ne pas les humilier. Les chats français mangent des produits alimentaires spéciaux (certains fabriqués en Allemagne, la voilà l’Europe unie contre la misère), tandis que les enfants d’Asie et d’Afrique souffrent de la famine. On ne peut tout de même pas envoyer des rations pour chat à l’affamé inconnu. Un jour, il aura son tombeau. Pour l’instant, on ne sait pas comment faire, on ne sait pas quoi faire. Stupides d’impuissance, nous sommes et nous restons, tout en nous apitoyant sur la souffrance qui, grâce aux moyens de masse, devient un spectacle. (Une société en toc. Éditions ouvrières, « Caliban », 1969).

 

Société en toc

 

     Ce texte provocateur inspira certains candidats et en décontenança d’autres. En particulier dans ma Vendée natale où j’étais en vacances.
     Le problème, c’était que certains recalés rendirent ce texte bizarre responsable de leur échec.
     En ces temps-là, on servait l’essence à l’automobiliste venant s’ap-provisionner (aujourd’hui, que le client se débrouille ; on mesure le chemin parcouru dans notre dégringolade…), ce qui constituait un petit travail intéressant pour un jeune homme en vacances désirant gagner un peu d’argent. Un recalé du bac, par exemple. Je n’osais même plus me présenter à la pompe où le jeune homme officiait, silencieux, sombre, ruminant sa défaite, et se demandant encore ce qu’on pouvait bien tirer d’un texte aussi stupide.
     J’avoue que je n’en sais rien.

 

Le Coin de table.Janvier 2013.


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À mes anciens élèves

 

     Nous sommes allés à l’école et au collège ensemble, chaque jour pendant trente-huit ans, et cela crée des liens. Combien étiez-vous ? Beaucoup. Au moins 2 000. Peut-être 2 500. Je ne sais pas, je ne vous ai pas comptés, car, comme dit la formule célèbre, « quand on aime, on ne compte pas ».

     Évidemment, vous n’étiez pas les mêmes. Mais j’ai toujours essayé d’aider tout le monde et chacun d’entre vous.

     Maintenant, certains m’écrivent, d’autres évoquent et confient aux mailles du filet d’Internet leur scolarité de jadis, temps merveilleux et difficiles, enfance et adolescence de vous tous, devenus hommes et femmes, beaucoup avec des enfants, tous ayant vieilli (et moi donc !) au long du parcours de la vie – quelques-uns, hélas, déjà disparus.

     Tout cela me touche beaucoup, et je vous en remercie, même si je ne peux pas répondre à tout le monde.

     À vous tous, ce petit salut du souvenir de notre commun temps d’école que d’autres continuent.

J. C.

*

     Je ne peux pas décemment placer ici quelques-uns des mots élogieux reçus ou lus sur un écran. Mais j’y suis très sensible, et ils font partie des Consolations aux misères de ma vie, comme disait Jean-Jacques Rousseau. Et d’ailleurs, ils y étaient déjà.

 

 

Quelques consolations aux misères de ma vie

 

Les sanglots longs des violons de Paul Verlaine
La voix de Jacques Douai chantant File la laine
Mon gros Victor Hugo feuilleté au hasard
La Symphonie Haffner
d’Amadeus Mozart
M’éveiller le matin comme le jour se lève
En souriant encore à quelque absurde rêve
Chaque jour dépouiller Le Monde et regretter
Le vieux journal de Beuve et de Viansson-Ponté
Ne pas être dans son Carnet nécrologique
Savourer une blague importée de Belgique
La première hirondelle et le premier lilas
Déguster un carré – ou deux – de chocolat
Écouter le pinson le merle et la mésange
Guetter au soir furtif le passage des anges
Voir frémir de désir les moustaches du chat
Sentir l’odeur des foins que mon voisin faucha
Après un long conflit le succès des grévistes
Un Ronsard découvert par un vieil archiviste
Sainte Anne
de Vinci mon petit Manessier
Écrire quelques vers Lire un bon policier
Tenir très court en laisse Internet et sa clique
Savourer les clichés d’un pantin politique
Un soleil de printemps timide et velouté
Une déculotté d’un peuple d’enfootés.
Monet Nerval Messiaen Guillaume Apollinaire
Villon Rouault Musset dans mon antiphonaire
Traiter de « vieil idiot » un jeune écervelé
Étagère ou sonnet me mettre à bricoler
Être salué gaiement par un ancien élève
Au Jour des Rois glisser au plus jeune la fève
Découvrir un poète à son premier recueil
Ne pas faire la sieste au fond de mon fauteuil
Au soir de canicule arroser les parterres
Relire Les Copains et Les Trois Mousquetaires
Tailler un vieux rosier Planter un réséda
Recevoir un recueil de Goffette ou Réda
Une voix nue d’enfant récitant un poème
Un signe de bonheur venu de ceux que j’aime
L’infinie nullité d’un show présidentiel
Après l’averse voir se lever l’arc-en-ciel
Mon nom sur l’école à Saint-Hilaire-des-Loges
Revoir mes grands-parents en remontant l’horloge
Malgré mon vieux visage et les rides des ans
Recevoir un sourire inconnu d’un passant
Et dans la litanie de mes bonheurs de vivre
Avoir pu ce matin oser écrire : À suivre.

 Jacques Charpentreau, Ombres légères. Élégies. La Maison de Poésie, 2009.

 

À leur tour


     Les activités des anciens élèves de Jacques Charpentreau ont été diverses, dans des domaines professionnels très différents, en France et à l’étranger. Certains écrivent et publient des recueils poétiques. D'autres sont peintres.

 

 

 

Bernard Joubert, Ange, 2004. Huile sur toile.

 

***

 

 

Bouaziz

 

Alain Bouaziz. 1996.

 

**********

 

Gilles Le Saux

 

- Gilles Le Saux vient de publier Le Chant de Merseger.

(Oasis des artistes. ISBN : 978-2-918339-83-0). 100 p.

     Le nom de la déesse égyptienne Merseger signifie « celle qui aime le silence », et ce serait un paradoxe pour un poète, si le chant de la poésie n’avait pas besoin, justement, pour s’élever et déployer ses charmes, de s’appuyer sur ce silence à faire en nous. Ce recueil riche de culture sait aussi glisser quelques poèmes fantaisistes, voire coquins, tout aussi séduisants. Il s’ouvre sur des sonnets inspirés avec bonheur par les mythes antiques.

 

Galatée

Galatée, Galatée, aimée de Polyphème,
Pourquoi te lamenter et verser tant de pleurs ?
Pourquoi meurtrir ton sein et jeter ta douleur
Aux quatre vents marins comme le grain qu’on sème ?

Tes cheveux dénoués flottant sous le diadème,
Ta robe déchirée, ta mortelle pâleur
Reprochent alentour le poids de ton malheur
Au peuple des mortels et jusqu’aux dieux eux-mêmes.

Qu’est-il donc devenu, Acis au teint de miel
Dont le chant amoureux t’enlevait jusqu’au ciel ?
Il te serrait si fort tout à l’heure enlacée.

Ne crains pas son oubli, il veut toujours te plaire :
Sous une pierre il gît, son beau corps fracassé
Mais au flanc du rocher sourd une source claire.

 

     Le recueil est dédié, entre autres dédicataires, À Monsieur Jacques Charpentreau, poète et pédagogue, mon professeur de lettres au Collège de la rue du Moulin-des-Prés, qui m’a, il y a bien des années, dévoilé secrets et arcanes de l’alchimie poétique, initié à ressentir la musicalité des vers, la brillance des images et surtout les mots qui sont derrière les mots.


*

Patrick Deny

    

Un autre recueil apporte avec ses poèmes une émotion particulière au lecteur :

- Patrick Deny, Comme la truite sous la pierre. Préface de Guy Thomas.

(L’Harmattan, « Collection Cabaret ». 5-7, rue de l’École Polytechnique. 75005 Paris). 184 p. 17 €.

    

     On est toujours un peu ému en ouvrant le recueil d’un jeune poète, et plus encore lorsqu’il a prématurément disparu et que le recueil est posthume. Et davantage quand on l’a connu adolescent. Patrick Deny (1948-1991) fut mon élève et dix ans après sa mort m’arrive ce livre qui vient d’être publié par l’association qui prolonge son œuvre, regroupant des poèmes inédits jusque là. Il avait écrit et il interprétait des chansons dans la meilleure tradition du genre, d’autres les ont chantées aussi, comme le fit Isabelle Aubret. Sa poésie, d’une grande générosité, est tantôt en vers libres, tantôt en vers plus réguliers, toujours sensible et juste, le poème tâchant de débusquer cette poésie cachée « comme la truite sous la pierre ». Les poèmes sont ici dans l’ordre chronologique des évocations de sa vie, de son enfance à ses derniers temps dans le Jura. En voici un inédit, non daté, retrouvé par hasard dans un livre de son ancien professeur.

 

Apprends

 

Apprends à regarder ta femme
À l’écoute de la vie simple.
Apprends le jour et les saisons
Les couleurs, les formes, le monde.
Partage le pain de ton crâne !
Apprends la vérité des autres
Apprends un peu à faire l’amour
Avant d’en vouloir au monde entier.
Apprends à donner.
Sois orgueilleux quand tu donnes.
Oublie le faux-semblant des mots.
Ni dieu – ni maître,
Seulement les hommes et toi.
Cherche, travaille, pense
Et travaille !
Alors, mon camarade,
Alors,
On fera ta révolution.

 

 

      Gilles Le Saux              Patrick Deny              Dos de C. Deny

 

 

*

Gérard Lemeunier

 

L’un des récents poèmes de Gérard Lemeunier :

 

 

Harcèlement

 

Le cœur est là brisé
Entre quatre murs blindés
Le geôlier dit ce n’est pas sa faute
Si le capitaine a jugé

Le regard se fuit de jour en jour
Le geôlier ne dit pas que c’est fait pour
Mais il supprime la ration
Et le vide se fait autour

Au zénith l’estomac demeure fermé
Les mots sur la table abîmés
Les nourritures une à une s’affadissent
Le geôlier reste là bras armé

La parole n’est pas connue du geôlier
Il ne croit à la force de la volonté
Et si les pleurs atteignent sans doute la lucidité
Lui ne connaît que l’arme de l’inquisition.


Gérard Lemeunier

 

*

Vincent Absil

    

     Créateur du groupe Imago, Vincent Absil continue une excellente carrière d’auteur-compositeur-interprète de chansons françaises, dans un style personnel influencé par la musique country  américaine.

 

   1. Disque d'Absil                      2. Disque Absil

 

*

Franck Goldberg

           

     Franck Goldberg, qui vit actuellement au Canada, a relaté sa vie, ses périples, dans une autobiographie particulièrement riche et émouvante, Les Enfants rouges.

 

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 Comment fait-on un livre ?...

 

... et comment devient-on poète ? C'est ce qu'Anne-Sophie Baumann s'est demandé et elle vient de l'expliquer dans un bel ouvrage bien illustré où Jacques Charpentreau apparaît au milieu des livres de la Maison de Poésie à Paris et entouré de lutins facétieux.

De la conception d'un livre jusqu'à la bibliothèque, on peut y suivre toutes les étapes qui mènent à un lecteur intéressé.

 

- Anne-Sophie Baumann, Comment fait-on un livre ? Éd. Tourbillon. 221, boulevard Raspail. 75014 Paris. Cartonné, ill. tout en couleur. 46 p. 10,90 €.

 

 

Jacques Charpentreau au milieu des livres

 

 

*****

 Art poétique

 

De la clarté avant toute chose

 

Amincir l'albâtre des vers
Jusqu'à voir le jour au travers
Que la lumière s'y repose
Et décourage toute glose.

 

De la musique avant toute chose

 

Ouvrir grand la cage des vers,
Écouter les oiseaux de l'air
Chanter avec les mots qui volent
Une romance sans paroles.

 

De l'émotion avant toute chose

 

Laisser en soi frémir les vers
Du chant secret de l'univers :
À l'âme une autre âme confie
Douceurs et douleurs de la vie.

 

Jacques Charpentreau, Le papillon sur l'épaule.

La Maison de Poésie, 1997.

 

 

***

 

Informations télévisées

 

J'entends les cris, je vois le sang,
Au coin des rues ceux qu'on égorge,
Le massacre des innocents
Que le sniper caché descend,
Ceux qu'on livre aux marteaux des forges.

 

Comme vous je suis impuissant
À tirer ces damnés du gouffre.
Pauvres visages grimaçants,
Je les vois, les regarde sans
Pouvoir aider ces gens qui souffrent.

 

La mort au mufle mugissant
Éclaire à son gré cette geôle
De son œil vert phosphorescent.
Si loin, l'amour, triste passant,
Un papillon sur son épaule.

 

Jacques Charpentreau. Le papillon sur l'épaule.

La Maison de Poésie, 1997.

 

***

 

L'enfant du temps

 

Une petite main d'enfant
Laisse couler les grains de sable
Du temps qui fuit inexorable
Et disparaît en triomphant.

 

Un enfant qui joue sur la plage
Entre ses doigts coule le temps
Et tout au fond du ciel s'entend
La chanson d'un oiseau volage.

 

Passent les jours passent les nuits
Au blanc ressac les rochers s'usent
Qu'importe à l'enfant qui s'amuse
L'océan soumis près de lui.

 

Une coulée d'astres, d'atomes,
Les mondes dorés dans sa main,
Hier aujourd'hui ou demain,
Il est le maître du Royaume.

 

C'est lui qui veille et nous défend
Les cœurs battent, les astres roulent,
La vie éternelle s'écoule
D'une petite main d'enfant.

 

Jacques Charpentreau. Ombres légères.

La Maison de Poésie, 2009.

 

***

 

L'hérésie

 

De petits bourgeois au bel âge
À grands coups de Lautréamont
L'avaient meurtrie de leurs sermons
Et de leurs crachats au visage.

 

Son nom même était un outrage
Elle traînait dans les bas-fonds
Ne se montrant pas, comme font
Les maudits cachant leur naufrage.

 

Nous sommes quelques-uns encor
À chercher dans notre athanor
Les restes de cette hérésie.

 

Et parfois de nos mots grisés
Nous trouvons au fond du creuset
L'or secret de la poésie.

 

Jacques Charpentreau. Ombres légères.

La Maison de Poésie, 2009.

 

 

***

 

Le tigre

 

Toujours les mêmes mots et les mêmes images
Aller-retour des vers sans heurts et sans accrocs
L'espace ouvert en vain au-delà des barreaux
Le tigre du poème acculé dans sa cage.

 

Ah ! qu'il rugisse enfin et qu'éclate sa rage !
Qu'une main le libère et qu'il plante ses crocs
Dans la chair bien nourrie des sinistres bourreaux
Qui règnent sur le monde et partout le saccagent !

 

Et que l'élégie pleure aussi parmi les morts
Tous les assassinés pour le pétrole et l'or
Les sans-pain les sans-voix les vaincus sans ressources.

 

C'est pour eux qu'aujourd'hui passé le temps des pleurs,
Ses yeux verts flamboyant, d'une nouvelle ampleur
Dans la jungle du temps le tigre prend sa course.

 

Jacques Charpentreau. Ombres légères.

La Maison de Poésie, 2009.

 

***

 

Au vent des révoltes


Le vent qui gifle l'hirondelle
La gêne dans son vol léger.
L'air épais alourdit ses ailes,
Et chaque souffle est un danger.

 

Pourtant l'air est l'allié fidèle
Qui la porte et lui donne appui
Quand brille sa noire étincelle :
L'oiseau ne peut voler sans lui.

 

L'espace infini se révèle
À tous nos espoirs exilés
Quand on voit sur le vent rebelle
L'oiseau du rêve s'envoler.

 

Jacques Charpentreau. Mes Bêtes noires.

Inédit.

 

                                                             

 

JACQUES CHARPENTREAU

Ouvrages disponibles à la Maison de Poésie

 

- LA MER L'AMOUR. 88 p. 10 €.

- MUSÉE SECRET. Illustrations de Luce Guilbaud. 96 p. 10 €.

- LE CHANT DE LA LUMIÈRE. 112 p. 10 €.

- LE VISAGE DE L'ANGE. 96 p. 10 €.

- LE PAPILLON SUR L'ÉPAULE. 128 p. 10 €.

- LA PART DES ANGES. 96 p. 10 €.        

- LA FUGITIVE 104 p. 10 €.

- LA ROSE DES FABLES. 96 p. 18 €.

- STÈLES. 2007. 30 p. 5 €.

- *LA PETITE ROSE DES FABLES. Illustrations de l’auteur. 50 p. 10 €.

- OMBRES LÉGÈRES. 80 p. 16 €.

* Convient aux enfants.

 

La Maison de Poésie. SPF. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.

Chèque au nom de Jacques Charpentreau. Participation aux frais d’expédition : + 2 €.

 

 

******************

 

Courrier : Jacques Charpentreau, La Maison de Poésie.

Société des Poètes Français.

16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.

 

lamaisondepoesie@gmail
 

Mise à jour le Lundi, 13 Mai 2013 16:49